Une nouvelle transat’ réussie pour Vitavi

Une première traversée de l’Atlantique pour Florent et moi et une cinquième pour notre chère barque Vitavi. Nous sommes très heureux de cette expérience si particulière qui s’est vraiment bien déroulée. Nos 19 jours en mer ont été d’abord sportifs puis paisibles et nous ne déplorons aucune avarie ou casse sur le bateau !

Jour 1 à 5 : le départ dans la piaule

Nous sommes partis le 13 novembre à 14h du port de La Estaca à El Hierro et notre départ en transatlantique a été un peu musclé. Comme nous avons fait le choix de sauter le Cap Vert et de transater en direct pour la Martinique, nous avons subi les accélérations des Canaries dès la sortie du port et pendant les premières 24h de navigation. Le régime de vent était plutôt soutenu et avec les accélérations, ça donnait du vent fort et irrégulier, la mer aussi était forte et croisée. Glups

La première nuit, nous avons rencontré pas mal de grains ( = cellules orageuses qui font monter le vent et s’accompagnent de pluie battante), ce qui nous a tout de suite mis dans l’ambiance. On a pris des claques à 47 kts dans un vent établi à 30-35 environ.

Le point positif, c’est que le bateau avançait super bien et qu’il tenait parfaitement dans ces conditions. Avec une voilure adaptée, le pilote ne forçait pas du tout, et le bateau ne paraissait pas souffrir le moins du monde. On avalait les milles tout en n’étant pas trop inconfortable.

Après 5 jours, les conditions se sont améliorées petit à petit et les journées ont commencé à devenir plus paisibles. Les nuit restaient toutefois assez chaotiques avec de nombreux passages de grains et une mer très agitée.

Jour 5 à 12 :  la période bénie

Après le début de traversée assez (voir vraiment) rude, nous avons eu des conditions idéales pendant une petite semaine.

Le vent a baissé et on a commencé à pouvoir le prendre par l’arrière. Nous avons donc mis les voiles en ciseau et le bateau est devenu très équilibré et stable dans la mer plus douce. C’est là que nous avons commencé à revivre. Le 18/11 nous avons pour la première fois pris une vraie douche et fait cuire du pain ! Grande victoire après l’adversité des jours passés.

Le 19/11 nous avons fêté mes 28 ans à bord. Je me suis mitonnée des muffins au chocolat et nous avons ouvert une conserve de thon que nous avions faite à Madère ; grosse ambiance gourmet à bord.

Le lendemain, nous avons pêché une dorade coryphène et nous en avons mangé à toutes les sauces pendant 4 jours.

Petit à petit le vent s’est mis à faiblir et nous avons changé de stratégie de nav’. Nous avons sorti le spi et fait cap plus au sud pour contourner la zone de mou. Le 22/11 nous avions atteint la moitié de la traversée. 

Jour 12 à 20 : Bras de fer avec éole

,Comme le vent devenait impraticable en vent arrière. Nous avons décidé de tirer de grands bords pour porter le spi à son allure la plus efficace (100° du vent apparent) et continuer à faire de la route malgré tout. Nous gardions le spi jour et nuit car le ciel n’était pas menançant et l’indice orageux peu élevé. 

Le vent à encore continué à baisser et notre patience a été mise à l’épreuve. Dans à peine 5kts de vent, il n’y avait pas grand chose à faire. Le spi se gonflait et se dégonflait et nous luttions contre l’envie d’allumer le moteur. Nous avons tenu bon et quand le vent tomba finalement complètement, nous avons affalé toute les voiles et débuté la nuit à la dérive. Une fois dans le bateau, on se serait cru au mouillage dans une baie très abritée : pas de bruit, presque pas de mouvement.

Le lendemain, Éole a été coopératif et nous avons pu renvoyer le spi sous le nez d’un cargo qui a du se demander pourquoi on avait une trajectoire aussi louche. Après ça, on a pu se remettre au bon cap et avancer à un petit mais honorable 5kts.

La nuit suivante, nous nous sommes fait avoir comme des débutants. Le temps était tellement mou depuis plusieurs jours que nous nous étions un peu relâchés. Un grain a pointé le bout de son nez et nous avons fait un beau départ au lof (= quand le bateau se couche d’un coup sous l’effet de la puissance du vent dans la voile). Je me suis faite projeter contre la paroi de la cabine et me suis levée en sursaut en prenant juste le temps d’enfiler mon harnais et clipper ma longe pour rejoindre Flo dehors. A la suite de ça nous avons affalé et évidemment il n’y a plus eu un grain pour le reste de la nuit.

Au petit matin du lendemain, nous avons échangé par VHF avec Mariposa, le premier voilier que nous croisions, qui arrivait du Cap Vert.

Quelques heures plus tard, nous apercevions la terre. Quelle vision ! La Martinique vue de la mer après 19 jours, c’est quelque chose. Qu’est-ce-que c’était beau. Plus nous nous approchions et plus nous pouvions admirer les pitons verdoyants, les pointes et anses qui composent la côte.

En arrivant vers la pointe des Salines, nous avons été surpris une dernière fois par un grain. Le vent montait et nous pensions que c’était un effet de pointe, tout ce qu’il y a de plus classique. Je me retourne pour parler à Flo juste à temps, nous avons affalé le spi, relancé un bout de génois et le grain nous arrivait dessus. Nous avons parcouru encore quelques milles comme ça, puis nous sommes arrivés dans le chenal pour entrer dans le cul de sac du Marin. A proximité de la côte, nous avons été saisis par une odeur de fleur et de terre mouillée. Ça sentait l’arrivée et c’était délicieux.

Après quelques appels VHF et un coup de main du marinero, nous nous posions à quai pour quelques jours et étions accueillis par Serge, notre voisin de ponton, et sa petite bière bien fraîche et surtout bien méritée.