Navigation nocturne et Raz de Sein

De retour de deux semaines de navigation intensive, nous avons vécu tout plein d’aventures et appris des milliers de choses. Ce premier article vous raconte un moment fort de ce séjour.

Programme : Raz de Sein

Ce passage a une forte réputation, les courants peuvent y atteindre 6 noeuds. Notre bateau à peine plus, il n’est pas question d’y arriver au mauvais moment. De plus si le vent s’oppose au courant, des barres, vagues déferlantes particulièrement dangereuses peuvent se former. Et comme nous sommes pile poil au moment des grandes marées, ces phénomènes sont à leur plus fort niveau. L’idéal est de s’y présenter dès que les courants contraires faiblissent, pour passer à l’étal et, en cas de retard, bénéficier du début des courants portants vers le Nord.

 

Une fenêtre parfaite semble se dessiner le matin du vendredi 19 avril vers 9h30. Le petit souci c’est que nous analysons ceci le jeudi midi à Concarneau… soit pas tout près ! Plutôt que de reporter, nous décidons alors d’un chouette programme : une journée à découvrir la ville, un solide dîner puis une navigation nocturne pour atteindre Audierne au petit matin pour patienter ou directement le Raz selon le temps que prendra la navigation.

 

Ce sera la première navigation entièrement de nuit pour Alice ainsi que pour Jonathan, notre copain/équipier de cette première semaine. L’équipage s’organise, je prends le premier quart de 23h30 à 1h30, puis c’est le tour d’Alice et Jonathan jusqu’à 3h, et ensuite je reprends un long quart jusqu’à être fatigué, je les réveillerai à ce moment là.

Avant de partir du port de Concarneau, une chouette surprise nous attend : le voilier des Glénans sur lequel nous avons navigué il y a tout juste un an, “Guéotec”, est amarré sur le ponton d’à côté, que de chemin parcouru dans notre vie de marins depuis !

Une merveilleuse navigation

Le but de ces deux semaines de navigation étant de gagner de l’expérience, nous prenons aussi la décision d’assurer la navigation à l’ancienne, alors la règle de Cras, le compas de relèvement, les alignements, et les calculs prennent la place du traceur GPS (qui sera consulté de temps en temps pour se rassurer un peu, soyons honnêtes).


Nous passons l’île aux Moutons, visons la balise cardinale Rouge de Glénan et une fois celle-ci dépassée la route est simple : Plein ouest pendant 13 milles au vent travers en veillant bien à ne pas remonter vers le Nord pour ne pas se retrouver trop près de la pointe de Penmarc’h et ses dangers. C’est Alice et Jonathan qui s’en chargent, tout en surveillant les trajectoires aléatoires des pécheurs de plus en plus nombreux.

3h du matin, réveil un peu difficile, mais c’est l’heure du changement de quart alors pas question de traîner, j’ai l’impression d’être bien reposé quand même. Alice et Jonathan ont passé un quart paisible et sans histoire.  La mer est très calme dans ce vent tranquille qui vient de la terre. Les mouvements du bateau sont doux, la pleine lune éclaire comme en plein jour et ses reflets dansent dans l’eau. À droite, le puissant phare d’Eckmühl veille sur Vitavi, son capitaine éveillé et son équipage endormi. On se connaît depuis longtemps, lui et moi, je l’ai visité en séjour de classe verte  il y a… 21 ans. A l’époque je n’aurais jamais imaginé être un jour vraiment guidé par sa lumière lente et régulière. Les souvenirs affluent, et mes yeux se remplissent du spectacle incroyable que la nature m’offre.

Un bruit d’eau soudain et inhabituel me sort en sursaut de cette contemplation onirique. L’eau qui brise sur des cailloux ? impossible, je suis sûr de notre position, ouf. Le bruit se reproduit, j’ai juste le temps de tourner la tête pour apercevoir la queue d’un dauphin.

J’ai eu le droit à une spectacle magique (et très privé) d’une dizaine de dauphins qui jouaient autour du bateau, le tout dans cette ambiance déjà tellement unique.

Leur énigmatique numéro achevé, après un dernier salut, la troupe s’est éloignée et la nuit s’est écoulée paisiblement. Alice est ressortie vers 5h30 et nous avons attendu ensemble le lever du jour. Il était devenu évident que nous aurions à peine le temps d’aller jusqu’à Audierne mais que si nous faisions cap directement sur le Raz nous y arriverions une heure et demie trop tôt.

 

Le Raz de sein

Nous avons alors fait le choix de réduire la voilure pour patienter tout en avançant doucement vers l’objectif. Rapidement après le lever de soleil, deux voiliers nous rejoignirent et adoptèrent la même stratégie, donnant lieu à une très étrange course à la lenteur (2 noeuds en moyenne sous grand-voile 2 ris sans voile d’avant) à quelques centaines de mètres les uns des autres.

 

A 9h pile les trois bateaux ont renvoyé simultanément toute leur voilure pour traverser le Raz. Le passage s’est déroulé dans le plus grand calme, dans un courant autour d’un noeud et nous sommes enfin entrés dans la mer d’Iroise, que nous avons traversée sans encombre pour aller voir les célèbres Tas de Pois de la pointe de Pen-Hir puis le passage du Toulinguet et nous avons fini en escale à Camaret-sur-Mer.

La journée du lendemain a été pleine d’aventure, mais on garde ça pour le prochain article. Un teaser en 4 mots ? Vitesse, Etincelles, Frégate et Soleil.