navigation en mer d’iroise : Vitesse et etincelles

Les journées de navigation se suivent et ne se ressemblent pas.

Camaret, son curé et son préposé

“ Va pas falloir rester là, z’annoncent du vent dans l’après-midi ! ” Ainsi se conclut la discussion avec le très agréable et détendu préposé à l’encaissement des redevances portuaires de Camaret-sur-Mer. En écrivant ces lignes, je ne comprends toujours pas son ton d’avertissement.

En effet, les différents modèles météorologiques sont d’accord ; 17 noeuds sans rafales d’Est-Nord-Est, donc pas de vagues.

L’équivalent de ces conditions pour un skieur hors-piste, ce serait 30 cm de poudreuse toute fraîche et légère, bref, le pied absolu.

La journée avait commencé par une grasse matinée bien méritée et un petit ravitaillement pour remédier à la très rapide et surtout mystérieuse disparition du stock de bières.

Au niveau navigation, notre seule contrainte était de dormir près de Brest où nous devions récupérer notre copain Aurèle le lendemain midi.

Nous avions repéré une curiosité de la rade de Brest, le cimetière des navires de Landévennec. Il s’agit d’un bras de l’Aulne où l’armée française a coutume de stocker ses bâtiments militaires en attente de déconstruction. J’avais très envie d’aller voir cela de près !

Crédit photo : Bernard Hily 

Records de vitesse

Nous partons donc à 14h, après une manoeuvre de départ scabreuse mais sans anicroche. Alice prend la barre et nous établissons les voiles. Comme nous allons devoir remonter au vent dans le goulet de Brest, nous choisissons d’installer la trinquette, voile d’avant plus petite que notre génois sur enrouleur. Pour équilibrer le bateau et éviter de se retrouver en surpuissance inutile, nous prenons un ris dans la grand-voile.

 

Nous nous retrouvons donc à l’entrée du goulet de Brest vers 14h30, heure à laquelle un courant nous porte dans le bon sens à… 2,9 noeuds ! Pas un nuage en vue, une mer calme, un vent soutenu, nous nous régalons de virements de bord en virements de bord, veillant à ne pas gêner la route d’un cargo et son bateau pilote qui sortent de Brest. La vitesse ne cesse d’augmenter, jusqu’à ce que le GPS nous indique 10,8 noeuds, record absolu pour nous sur Vitavi pour l’instant ; merci le courant !

 

À la sortie du goulet le vent monte encore un peu, le bateau devient un peu trop toilé et commence à être difficile à maîtriser, nous hésitons à réduire la voilure mais nous soupçonnons que ce renforcement n’est dû qu’à l’air qui accélère en s’engouffrant dans le rétrécissement du goulet.

Nous pouvons d’ailleurs nous éloigner de l’axe du vent, ce qui réduira le problème. Jonathan prend la barre et Vitavi file à 8 noeuds de moyenne vers Landévennec. Le vent faiblissant, nous finissons par renvoyer le génois et la grand voile en tête de mât.

Le coup de la panne

En entrant dans le premier méandre de l’Aulne nous sommes tellement abrités du vent que nous décidons de lancer le moteur. De toute façon nous ne pensions pas aller voir les navires militaires à la voile pour des raisons de manœuvrabilité et de proximité des rives.

Le moteur démarre au quart de tour, comme d’habitude, mais un bruit anormal l’accompagne. Je joue avec la manette des gaz, le bruit suit le régime moteur mais est indépendant de la rotation de l’hélice et… une odeur de plastique chaud envahit la cabine. Nous sommes à proximité immédiate d’une zone de mouillages sur corps-morts, alors nous nous dirigeons sur la première bouée disponible pour nous amarrer dessus. Sitôt le bateau sécurisé, je saute dans le bateau, ouvre le capot moteur et… aperçois une belle gerbe d’étincelles.

“Alice, peux-tu couper le moteur, s’il te plaît ?”

C’est le premier souci de moteur que nous avons depuis que j’ai fait la formation sur les diesels marins il y a deux mois à Nantes, on va voir si ça a servi à quelque chose !

Diagnostic immédiat : un câble s’est déconnecté du relais électromagnétique de démarrage et a fait un court-circuit qui a eu deux effets:

  • il a fait fondre la gaine du câble court-circuité et une partie du relais ; ça, c’est l’odeur de plastique brûlé
  • il a maintenu enclenché le démarreur pendant plusieurs minutes ; ça c’est le bruit qui suivait le régime moteur

Bon, on est en panne”, dis-je, convaincu que le démarreur n’a pas survécu à un tel traitement.

J’essaie quand même de démarrer le moteur en envoyant du courant sur le solénoïde du démarreur, et, surprise, la douce musique des 50 chevaux de notre fidèle compagnon – Perkins Prima M50 pour les intimes – retentit, youpi !

La réparation coûtera 8€ et un quart d’heure de travail, ouf. Un démarreur neuf, c’est 1300€.

Rien ne s’oppose alors à aller voir les impressionnants Duguay-Trouin, Albatros, Capricieuse et Gracieuse et à ensuite reprendre notre route vers le mouillage trouvé par Alice, l’anse de l’Auberlac’h, où nous trouvons une foule de bateaux qui ont eu la même bonne idée que nous. Par chance il y a beaucoup de place et nous trouvons sans problème un emplacement parfait pour une nuit d’un calme absolu.