7 mois en vadrouille sur l’atlantique, premier bilan

Je ne sais pas si l’on doit décompter nos mois de voyage à partir du moment où l’on a quitté notre port de préparation, Arzal, ou bien à partir de la vrai première étape de ce périple, la traversée du golfe de Gascogne.

J’ai choisi à partir du Gascogne car c’est à ce moment là que nous avons quitté les sentiers battus, les territoires familiers ; c’était vraiment le début de l’aventure au fil de l’eau.

En voyage, faire de la place à l’imprévu et apprécier cela

Depuis notre canapé dans notre confortable 50m2 courbevoisien, il y a maintenant 3 ans, nous avons rêvé un parcours, un rythme, des activités. Après des heures passées la tête dans des livres, les yeux rivés sur des pages de blog, nous avions construit un plan :  deux ans, 29 000 milles nautique autour du globe, un voilier = donc un voyage écolo – je reviendrai là-dessus plus tard.

Nous avons suivi le plan jusqu’aux Canaries et à ce retour impératif en France pour le mariage d’un des frères de Flo. Après ça, on s’est rendu compte qu’on s’était trompé. Voyager en voilier, c’est aussi s’arrêter plus longtemps que prévu dans les lieux où on se plait, ne pas pouvoir partir et attendre la fenêtre météo adéquate, sauter des étapes que l’on ne pourra pas apprécier pleinement ; comme le Cap Vert où nous aurions passé seulement 6 jours, rentrer de nouveau pour être avec les siens pour des funérailles.

En arrivant de transatlantique, nous étions grisés par cette période incroyable, hors du temps, hors des cases, hors cadre. Ce retour à soi, permis qu’en de rares occasions – comme en cette période de confinement -. Nous nous sommes dit, « chauds pour la transpac’ » (traversée de l’océan Pacifique), et puis nous nous sommes arrêtés en Martinique, nous avons regardé le parcours prévu avec notre [humble] expérience de marins hauturiers. Nous nous sommes rendus compte que partir dans le Pacifique, c’était ne pas revenir dans 1 ans et demi, ou alors c’était se déplacer en bateau mais plus voyager, ou encore risquer de vendre Vitavi comme beaucoup d’équipages qui finissent par avoir envie d’autre chose après tant de temps passé sur l’eau.

Deux options se sont présentées, soit on part quand même, mais on reviendra pas avant dans 3 ans, soit on lâche prise, on oublie le plan, on reste en Atlantique / Caraïbes et on profite de ce que l’on a déjà à portée d’étrave.

Avec la saison cyclonique, on a quand même échafaudé une nouvelle trame de voyage, moins stricte que le sacrosaint plan. On s’est fixé des zones plutôt étendues et des périodes souples ; remontée au nord de l’arc jusqu’aux iles vierges britanniques au printemps, revenir au niveau de la Martinique courant juin, passer du temps au sud pendant la saison cyclonique, remonter au nord à la fin de l’année, faire la transat retour en 2021 après quelques mois au USA. Malgré tout, on avait quand même besoin de savoir où on allait aller.

Nous avions commencé notre remontée au nord de l’arc, l’occasion s’est présentée de sortir le bateau à un tarif intéressant en Guadeloupe, alors on a sorti Vitavi, on a bien bossé dessus, 3 semaines qui sont passées plus vite qu’un battement de cil, et on est retourné à l’eau. Le voyage allait reprendre, le fil renouer avec sa trame, et voilà qu’un nouvel imprévu nous surprend. M. Covid 19 a décidé de nous rappeler à l’ordre, Alice, Florent, laissez donc tomber les plans !

Nous voilà au mouillage dans la baie de Saint Louis, sur l’île de Marie Galante, pour une durée indéterminée. Nous ne savons pas quand nous pourrons repartir, si les îles voisines rouvriront leurs frontières bientôt, si nous pourrons aller nous mettre à l’abri au sud pour passer la saison cyclonique ou si nous devons rentrer en Europe cette année, impossible de planifier.

Maintenant, on apprend à profiter de la vie qui coule lentement et apprécier ce nouveau quotidien en confinement.

Aller à bientôt M. Plan 😉

Du rêve à la réalité : non le voilier n’est pas écolo

Comme pas mal de rêveurs, de voyageurs débutants en voile, nous avons cru au mirage du voilier = moyen de voyager écologiquement ; nous en sommes revenus, et nous voulons être honnêtes avec vous là-dessus.

Le voilier permet de faire un nombre incalculable de kilomètres, le tout propulsé par la seule force du vent, ça c’est génial et indéniable. L’impact carbone est bon. En revanche, si l’on prend un point de vue global, plus honnête intellectuellement, le voilier c’est surtout un énorme morceau de plastique, de contre-plaqué époxy, d’aluminium ou d’acier que l’on entretient avec des produits extrêmement nocifs pour l’environnement ; des produits polluants les sols, toxiques pour les organismes vivants, corrosifs pour la peau, y compris pour le marin qui les applique sur son bateau.

A titre personnel, on fait notre maximum pour limiter l’utilisation de tels produits, l’entretien courant se fait avec des produits ménagers fait maison, mais de temps à autre on a pas le choix : refaire de la peinture pour protéger la coque, remettre une protection contre le développement d’algues sur la partie immergée du bateau, protéger des surfaces en bois, reboucher des éclats sur le pont… Il faut faire tout ça, sinon le bateau se détériore et malheureusement cela passe obligatoirement par l’utilisation de ces produits désastreux pour dame nature.

Nous ne regrettons en aucun cas ce choix de voyage. Il nous a permis une prise de conscience sur l’accès à l’énergie, la consommation d’eau, la nourriture et ses emballages et bien d’autres choses. Nous sommes tellement chanceux en occident !

Cette vie proche de la nature, en perpétuel contact avec les éléments est riche d’enseignements, d’émerveillement et donne envie de se dépasser pour limiter son impact et faire les choses bien.

Avec toute notre bonne volonté, nous mettons en place un maximum de choses pour être bientraitants envers notre belle planète et c’est à ce titre nous voulons vous inviter à ne pas tomber dans le panneau. Le quotidien sur un bateau peut être écolo, si on s’engage à vivre comme ça, c’est une question de choix individuel, mais vraiment la plaisance n’a rien d’écologique. Isabelle Autissier, navigatrice et présidente de WWF France, interpellait d’ailleurs sur ce sujet à l’occasion du dernier Yachting Festival à Cannes. De nouvelles matières sont à l’étude (fibres de chanvre, de bambou), des résines bio-sourcées commencent à être commercialisées, pas de quoi désespérer donc.

Faisons simplement des choix éclairés et en conscience.

Ouvrir les yeux tout simplement

Ce voyage nous apporte au quotidien une certaine clairvoyance sur de nombreuses idées-reçues que nous avions en partant. Ainsi, nous sommes reconnaissant pour cette expérience humaine exceptionnelle. La conscience écologique est loin d’être universelle. C’est un sujet à construire mondialement car pour le moment, c’est clairement une préoccupation de classe sociale aisée au sein des pays développés. Nous idéalisions avec beaucoup de naïveté le fait que la proximité avec la nature rendait responsable, hé bien c’est faux. L’éducation et l’accessibilité sont garant des comportements respectueux et durables.

Nous avons une superbe planète, prenons-en soin 🌱🌎💚